Noël en Provence


C ’est la veillée de Noël.

Il fait bon dans la maison, joliment décorée pour l’occasion par nos enfants Chantal et François. Le sapin multicolore brille de mille feux et embaume le salon. À ses pieds, une crèche, pauvre étable à flanc de montagne où s’abritent le bœuf et l’âne.
La Vierge Marie et St-Joseph ne tarderont pas à arriver! Derrière la crèche, une petite boite de carton cache les santons de Provence. Si l’on s’approche un peu, on les entend discuter, même se disputer un brin pour décider de l’ordre d’entrée de chacun. Bien sûr, le berger et son chien seront les premiers à arriver dès que retentira dans le ciel le chœur des anges annonçant la bonne nouvelle; ensuite, les villageois se succéderont : le curé et sa servante, le boulanger, l’Arlésienne, le brigand, la femme au fagot, le garde champêtre, le meunier et le ravi, les bras en l’air, toujours émerveillé de ce qu’il voit. Les rois mages, très calmes, savent bien que leur tour ne viendra que dans plusieurs jours!
Les enfants ont décidé que, cette année, ils verraient enfin le Père Noël déposer les cadeaux au pied du sapin. Ils se sont cachés derrière le canapé et ont guetté longtemps, mais la fatigue les a vite rattrapés et a fermé leurs paupières baissant ainsi le rideau sur leurs rêves. Souvent, un sourire effleure leurs lèvres.

Dehors, la tempête fait rage. La neige, tout à fait inhabituelle en cette contrée, poussée par le Mistral, commence à dessiner de bien jolis arceaux au bas des fenêtres; dans le jardin, elle s’accroche aux fleurs d’échinacées et forme des chapeaux de clowns, qui amuseront bientôt les petits. De violentes rafales se succèdent et soudain, CLAC! Les lumières s’éteignent brusquement et les chansons de Noël se taisent. C’est le grand silence; on n’entend plus que le feu crépiter dans la cheminée de marbre. Même les santons se sont tus. Nous sommes dans le noir et les enfants réveillés par ce brusque silence, un peu affolés, se sont collé le nez aux fenêtres; à l’extérieur aussi, la nuit sombre enveloppe tout. Même dans les hauteurs, le petit village des Baux de Provence où nous irons bientôt assister à la messe de minuit est plongé dans l’obscurité la plus totale.

Alors, dans toute cette noirceur, je me souviens soudain de la jolie lampe à huile de mon enfance, grâce à laquelle je faisais semblant d’étudier même si mes pensées folâtraient gaiement. J’ai vite fait de la sortir de sa cachette et de l’allumer; la flamme dessine instantanément des ombres mouvantes sur les murs, redonnant une vie étrange à la maisonnée. Les enfants ne savent trop s’ils doivent en rire ou en avoir peur!

La clarté ainsi retrouvée nous suffit pourtant pour revêtir les costumes de circonstance, habits provençaux qui feront partie du décor, dans l’église. Pour les femmes : joli châle blanc bordé de dentelle sur robe longue colorée et petite coiffe très plate, souvent blanche sans oublier une médaille ou un crucifix retenu au cou par un ruban de velours. Pour les hommes : pantalon aux genoux, sur des bas ou guêtres, gilet et jaquette à deux basques. La « taillole », ceinture de laine généralement rouge, couvre la taille. Le tout est complété par un bonnet ou un haut de forme.

Mais avant de partir pour la messe, il faut respecter la coutume et manger les fameux treize desserts provençaux. Les plats varient un peu selon la contrée et aussi selon les familles. Chez nous la table disparait sous les plats de pommes, poires, melon, nougat, et puis les fameux « quatre mendiants » destinés à ceux qui frapperaient éventuellement à la porte : figues sèches, amandes, noix et noisettes et raisins secs. Il y a aussi les truffes au chocolat, les dattes farcies à la pâte d’amande ou enrobées de chocolat et les bugnes (délicieux beignets à la fleur d’oranger). Et puis, la fougasse à l’huile d’olive, la pâte de coings et enfin les oreillettes (délicates petites gaufres fines et légères). Chacun s’applique à prendre un peu de tout pour s’assurer, selon la tradition, de la bonne fortune tout au long de l’année.


Mais vite, vite, il se fait tard… Les petits grimpent dans la voiture, derrière leur papa qui maugrée pour la forme devant ce temps à ne pas mettre un chat dehors. Tout au long du parcours, les cyprès ploient sous la poussée du vent comme s’ils voulaient nous saluer.

Nous arrivons rapidement au pied du rocher sur lequel sont bâtis les Baux. Nous montons à pied la rue principale en croisant les joueurs de galoubet et de tambourins interprétant des mélodies de Noël. Tous les habitants des alentours participent à la fête, costumés pour la circonstance.


Nous voici à la toute petite église St-Vincent. Une crèche vivante attire nos regards. La messe se déroule entrecoupée de chants ou de dialogues rituels en provençal. Puis, à l’élévation, c’est la cérémonie du « Pastrage » : les bergers en procession accompagnent le « baile-pastre », leur chef, un agnelet dans les bras en guise d’offrande, pour espérer une nouvelle année satisfaisante. La messe de Minuit se termine joyeusement dans l’effervescence des chants et instruments de musique locaux.

Nous redescendons à la maison. Sitôt entrés, sans même avoir eu le temps de vérifier la présence des cadeaux tant rêvés, les petits sont attirés par des bruits de conversation venant de la crèche et s’exclament devant la présence de l’enfant Jésus, entouré de la vierge Marie et de St-Joseph. Dans le ciel retentit le chœur des anges…
Couvert de sa longue cape brune, le berger montre à l’enfant son chien, blotti au creux de ses bras, mais qu’il a trouvé mort avant de partir.
— ("avé l'assen" s'il vous plait!) Petit Jésus, je suis venu t’offrir ce à quoi je tiens le plus, mon chien. Mais au moment de partir, je l’ai trouvé mort devant la porte!
Marie lui répond :
— Je sais combien tu tiens à ce chien!
Tout à coup, le berger sent le chien se réchauffer et frétiller dans ses bras.
— Petit Jésus… il est vivant mon chien… merci, merci, mais… tu ne me le demanderas pas hein? —
Marie :
— Mais non bien sûr. Retourne chez toi berger et veille bien sur tes moutons…
Alors, le ravi s’avance, les bras en l’air :
— Mon Dieu que c’est beau un berger heureux de retrouver son chien!
La poissonnière au bras du Pistachié son mari, dépose un grand panier rempli de belles rascasses bien fraiches. Elle a été réveillée en sursaut par l’arrêt subit du mistral et le chant des anges. Prise de remords de vendre du poisson vieux de huit jours, elle est descendue au magasin pour les trouver miraculeusement transformés, comme s’ils étaient vivants!
Et puis, le boumian (bohémien) s’approche, une dinde à la main :
— Tiens petit Jésus, une dinde toute fraiche!
Le brigadier qui vient tout juste d’arriver l’interpelle :
— Comment peux-tu oser offrir une dinde que tu as volée cette nuit, comme tu le fais chaque nuit depuis 20 ans?
Et la vierge Marie de répondre :
— Mais, c’est la dernière fois, brigadier; n’est-ce pas boumian?
— C’est promis, plus jamais de poules, de dindes ni de pintades!
— Alors Boumian, redonne là à son propriétaire, Roustido, qui vient d’arriver.

Roustido, le seul riche propriétaire du village, lui qui venait tout juste de refuser l’hospitalité à la vierge Marie, lui au cœur si sec, s’approche du Boumian et lui dit : — Tu peux la garder, je te la donne!

Le Ravi, toujours les bras en l’air : — Oh Roustido, que c'est beau ce que tu viens de faire! J'en ai vu des belles choses dans ma vie. Mais jamais d'aussi belles que cette belle chose-là.

Et la vierge Marie de lui répondre : — Ravi, tu as été mis sur la terre pour t'émerveiller. Tu as rempli ta mission. Et tu auras ta récompense. Le monde sera merveilleux tant qu'il y aura des gens comme toi, capables de s'émerveiller.

Tous les autres villageois descendent de la montagne en farandole joyeuse pour venir voir l’enfant Jésus, mais les petits se sont endormis, charmés par cette si jolie pastorale qui se poursuit dans leurs rêves…

Tadine
Claude Cournoyer
16 décembre 2010


Les photos des santons proviennent du santonnier Escoffier : ICI.
Les photos des Baux de Provence viennent du site "Noël aux Baux de Provence" : ICI

Et puis, quelques liens sur Noël aux Baux de Provence :
Noël magique aux Baux de Provence : ICI :


Le dialogue des santons est inspiré de la Pastorale des Santons de Provence de Yvan Audouard









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Cette page a été mise à jour le 20 décembre 2010

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